mardi 29 juillet 2014





« Je gouverne en ton coeur, réceptacle d'infinies douceurs, écrin de caresses ensanglantées. Ta mort prochaine sera ma couronne, mon plus beau diadème! » dit le roi Amour.
« Ne comprends-tu pas que nul n'a survécu sous mon règne? Que les esprits apaisés ne m'observent qu'au plus haut des cieux? »




samedi 26 octobre 2013

NUIT (1)

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Contemplation, espace et distance. 

Qui comprend aujourd'hui que l'esprit se révèle à la nuit? Le monde des corps appartient, lui, au jour. La nuit; cette dame enchanteresse, admirable consolatrice des âmes en dérive dans leurs questionnements sur une existence sans cesse à questionner; nourricière de l'esprit, généreuse, fidèle et fuyante, à l'aspect austère et pourtant rassurant. Faut-il être écrivain, peintre ou malheureux pour s'abandonner à la déesse noire et céleste? Elle sait draper d'un voile les passions qui nous assomment. Elle offre le silence, remède aux âmes déchirées, le vide, la conscience, l'intériorité, la distance à la matérialité; cette fabrication du déchainement annoncée dans la déflagration du noir brut au lever du jour. Là, le monde des corps s'active dans une respiration haletante à la recherche du progrès et sa stimulation brutale, scientifique, plombante, artificielle. Le monde quantifié, solide, inaltérable. Mortelle avalanche des humains avariés nourrit d'une majesté maintenant évanouie.
Que les jours soient des nuits et ces nuits éternelles et fleurissantes. Mais une nuit de l'esprit, une nuit plus céleste que celle de l'atmosphère, sans la tutelle de cette déesse trop attachante. Juste la délivrance dans le vide et l'obscur, au sein d'un monde éteint du feu des passions et ses activités aliénantes. Où resplendit au loin la sainte bienveillance du divin depuis son temple hospitalier aux chambres infinies. Éteint le feu de l'esprit et le feu terrestre s'éteindra. C'est donc ça. L'esprit plus fort que la matière. Le corps soumis à l'esprit, la volonté, l'intelligence. Un soleil englouti sur l'horizon terrestre agonisant de lueurs de sang qui en font la beauté. C'est la métanoïa, la plongée intérieure au sein du monde liquide débarrassé des pesanteurs du jour. La ligne d'horizon s'est tue, les mers et les cieux ne font plus qu'un dans l'unité sainte de la nuit et sa couleur impartiale.
Chaque nuit est un cycle, une vie, un humain, un esprit.



lundi 30 septembre 2013

 L...

Tu te souviens ce jour-là, L... ? Nous avions bougé pour aller sous ce vieux lavoir défraichi au charme désuet qui longe la rivière. Cette rivière et ses petites maisons qui la borde, son petit pont, ses végétations qui l'ombrage, généreuses, bercées par un été clément. J'avais faim de toi, et toi tu t'en fichais de tout, tu voulais profiter de chaque instant car tu savais comme moi que ce que nous vivions aller bientôt disparaitre dans les cachots de l'oubli ou de la mélancolie. J'en avais tellement conscience. C'était comme dans un rêve que je pouvais contrôler. Ça c'est la plus belle sensation que j'ai pu ressentir depuis des années. Je savais que le réveil serait brutal mais il fallait que ça se passe. Qu'on s'échange le bonheur que chacun procurait à l'autre. Je devrais prier pour que tu ne regrettes rien. Je t'aimais et je ne voulais pas être triste. Je voulais être celui qui ouvre des chemins pour toi. Te pousser dans le vide, la chute peut-être agréable tu sais L...? Aimerais-tu que cette rivière soit bavarde et qu'elle raconte tout ce qu'elle a vu de nous? Non, moi je n'aimerais pas parce que le secret des choses interdites est un délice qui fane si l'on l'expose. Tout cela murit en moi comme un rêve jamais évanoui, enflammé de couleurs et de sensations qui m'ensorcellent. Comme si que la terre s'agenouillait pour nous. Ou plutôt Dieu. Que pouvait-on espérer de plus que ces visions chatoyantes qui évoquaient l'ancienne France, les cachettes que notre curiosité finissait toujours par découvrir, l'odeur des journées finissantes et du temps qui passe, indolent, baignés de chants d'oiseaux qu'ils semblaient célébrer.
Durant ces journées d'Aout, les barrières du réel et de notre misérable condition ont perdu du terrain sur celui d'une insouciance enfin retrouvée. J'allais dire insolence. Il en fallait et nous en avions. Je m'en rend mieux compte aujourd'hui;  la passion trompe la mort. 






Par une fin d'après-midi à Beynes, en l'an 2013.

lundi 15 juillet 2013


« Il y a plusieurs années, un phénomène acoustique auquel j'assistais et que je décrirai fut pour moi la matérialisation physique de l'organisation des sons et de leur projection, que j'avais mentalement imaginées pendant de longues années. J'écoutais le trio du scherzo de Beethoven à la salle Pleyel, riche en surprises sonores en raison de sa construction acoustique mal calculée, lorsque je deviens conscient d'un effet entièrement nouveau produit par cette musique familière. Il me semblait sentir la musique se détacher d'elle même et se projeter dans l'espace, à un tel point que je pris conscience d'une quatrième dimension en musique. Cette sensation peut avoir été due à la place trop résonnante dans la salle ou j'arrivais pour m'asseoir. Je ne sais pas exactement pour quelle raison, mais ce phénomène fut une preuve vivante de ce que j'avais conçu bien des années auparavant, ce que j’appelle la projection du son organisé.
Par projection j'entends la sensation qui nous est donnée par certains blocs de sons, je pourrais dire "rayons du son", si proche est cette sensation de celle produite par les rayons de lumière qu'émettent une puissante torche d'exploration. Pour l'oreille comme pour l’œil, ce phénomène donne un sentiment de prolongation, de voyage dans l'espace. »
 Edgar Varèse, 1924.

jeudi 27 juin 2013

 PLONGÉE


« Lorsque tu joues pendant des heures en essayant de t'accorder à la perfection sur divers intervalles, il arrive qu'il y ait dix minutes au cours de ces quatre heures pendant lesquelles tout le monde est juste. Tu sens alors le monde s'élever. Tu entends ce monde cristallin prendre forme dans les harmoniques. Lorsque certains sont légèrement à côté, tu obtiens ces combinaisons de tons qui luttent pour atteindre le même niveau, et c'est alors un monde d'un éclat argenté incroyable qui se déploie. Certaines musiques ne sont pas enregistrables. »
Jon Hassell.